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Victoire de Maxime VERNY au T24 de l’île de Ré !

Le weekend du 14-15 juin 2025, le rendez-vous était pris : Maxime Verny et son équipe de 60 Everestri, ont pris le départ du T24 de l’île de Ré. Une course pour soutenir l’association A chacun son Everest qui accompagne femmes et enfants dans l’après cancer.

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Maxime Verny et Damien Boix, alias la Tortue, prennent le départ en solo. Les deux compères sont également accompagnés de leurs familles qui les soutiennent tant que participants et supporters. Une trentaine de TCNistes répartis en plusieurs équipes relais les accompagnent également.

Et c’est une magnifique VICTOIRE que Maxime décroche sur cette course de 24 heures, qui se déroule sous une météo idéale à l’ile de Ré.

Il nous raconte les coulisse de sa course :

Samedi 14 juin, 15h29. Des centaines d’athlètes réunis sur la plage de la Loge, à l’Ile de Ré, prêts à prendre le départ pour le T24, triathlon de 24 heures réparti en 4 heures de natation, 12 heures de vélo et 8 heures de course à pied. Autour de moi, les autres « bonnets roses », les 80 participants à l’épreuve en individuel. Derrière nous, le souffle des centaines de participants des relais. A ma droite, Damien La Tortue, qui prend le temps de saluer autant d’individuels qu’il peut en leur souhaitant bonne chance. Le speaker continue de faire monter la pression à coups de clappings, de phrases clichées, de comptes à rebours… Parmi tous ces athlètes, 59 ont décidé de participer par le biais du projet Everes’Tri. Ils sont ma famille, mes amis, mes copains de club, des collègues. Pour beaucoup d’entre eux, c’est le premier triathlon.

Ça fait presque 2 ans que j’ai coché cette course dans mon agenda, juste après une première participation avec mes frangins Louis et Thibaud, et notre cousin Julien en relais de 4 sur la course de 2023. J’allais courrir seul, mais au profit d’une asso, parce faire un truc aussi barge sans en faire profiter les autres, ce serait dommage. En 2 ans, le projet Everes’Tri a pris forme : il s’est construit avec l’aide et le soutien de mes proches, pour soutenir l’association A Chacun Son Everest, spécialisée dans l’accompagnement de l’après-cancer. On sera une flopée de triathlètes. On mènera une collecte de fonds avant et pendant la course, avec l’objectif ambitieux de réunir 39 000€. En 2 ans, le bonhomme aussi a pris forme : une mauvaise chute à vélo en août 2024 entraine une fracture de la clavicule. Opéré, j’ai l’impression de devoir repartir de 0. Je sais que le plan d’entraînement que Pierre Boussion a accepté de me concocter doit commencer 6 mois avant la course. Début de la course contre la montre. Ma patience, mon abnégation et la bienveillance de ceux qui m’entourent sont mis à rude épreuve et me permettent d’être fin prêt, sur cette ligne de départ. Avec une cagnotte au profit de l’asso qui s’élève déjà à plus de 22 000€. Je suis stressé mais fier, et prêt à en découdre.

Les dernières secondes s’écoulent au ralenti. Ça permet à La Tortue de se rendre compte qu’il a oublié ses lunettes et de sprinter jusqu’à son sac. Quand je vois ça, je me marre. Ça me détend. Le départ est donné. On s’élance, courant vers la mer, ignorant les cailloux qui nous piquent les pieds. J’ai tellement faim que je me jette à l’eau violemment, au point même que mes lunettes glissent sur mes joues. Je le vois comme un avertissement : idiot ! Tu pars pour 24 heures d’effort… Calme-toi ! Je remets mes lunettes et pose assez vite ma nage. Les boucles de 1 km, sortie à l’australienne obligatoire, s’enchainent. Je me ravitaille pendant ces sorties, en essayant de perdre le moins de temps possible : c’est la ligne rouge de ma stratégie sur cette course.


Je suis un peu angoissé pour les participants de ma famille et mes collègues, qui ne connaissent pas ces épreuves. Je passe mon temps à regarder autour des kayaks si je n’y vois pas une tronche familière…

A 17h45, après 2h15 d’épreuve et 7 km parcourus, le speaker annonce la fin anticipée de l’épreuve de natation. Un participant a fait un arrêt cardiaque et est en train d’être secouru. Malheureusement, il ne se relèvera jamais. Il s’appelait Marius.

Une étrange attente commence à s’installer. On nous annonce un départ du vélo à 19h30, puis 20h30 (soit 1 heure en retard) « si nous partons ». Les regards sont tristes, démunis, l’ambiance est pesante. Les sentiments sont contraires : ce serait un beau signal d’arrêter la course, ce serait un bel hommage de la poursuivre. Plein de culpabilité, je ne peux pas m’empêcher d’espérer qu’on reparte.
Il est 20h30, la décision est annoncée. La famille de Marius a souhaité que la course reprenne en son hommage. On observe une très belle minute de silence. Les habituelles festivités de cette organisation n’auront pas lieu. On en fera une course plus sobre, on roulera et courra en l’honneur de Marius et en soutien à ses proches. Le départ du vélo sera donné à 21 heures, en rolling-start. Il faut se remobiliser. Je ne me sens pas à l’aise de repartir. Ma famille trouve les mots pour me réconforter. Je mange un morceau, je me prépare, j’apprends que je partirai en 6ème position, c’est mon classement après la natation. On adapte le plan de ravitaillement avec Pierre, qui m’assiste sur cette course. La stratégie reste la même : je vais rouler autant que possible, limiter les arrêts au minimum, avec des stops inspirés des ravitos sur les trails.

Départ du vélo sur une boucle de 21 km jusqu’à 22h30, puis une boucle raccourcie à 16 km jusqu’à 7h30 le lendemain. 10h30 pour parcourir le plus de boucles possible. Les deux premières boucles de 21 km sont frustrantes : les 5 devant moi sont partis à un rythme très soutenu que je décide de ne pas essayer de suivre, bien au-delà de la zone que je vise ; derrière, les relais roulent fort, je passe mon temps à me faire doubler.
Premier stop après 42 km : ravito express, échange avec Pierre. Le compteur affiche 205 W de moyenne, c’est beaucoup trop, malgré mes efforts pour rester en contrôle. Je le sais, Pierre le sait. Il me rappelle : « Max, ça doit être très facile, très longtemps ! ». Ces mots vont raisonner dans ma tête tout le reste de la nuit.
Les boucles suivantes s’enchainent, à un rythme plus raisonnable mais constant. Les sensations sont bonnes, le parcours est de plus en plus fluide à mesure de la répétition du parcours. Les bénévoles mettent une ambiance de dingue. Les stops sont millimétrés, à peu près toutes les 3 heures : changement des lumières, recharge des barres et des bidons, état des lieux, petits coups de fourchette dans la gamelle de riz. Je me sens bien. Marie, Sarah et Zoé font des apparitions rafraichissantes et m’encouragent sans modération.
Après 6 heures de vélo, petit coup de mou. Je suis souvent doublé par des packs, le drafting (interdit) commence à m’agacer. La monotonie aussi. Ça durera 2 tours environ. Je me rappelle que je me suis promis de ne jamais laisser les sentiments négatifs prendre le meilleur sur les émotions positives. Ça fait 6 mois que je me prépare durement, j’y suis enfin ! Je n’ai pas le droit de me plaindre. Je me fais souvent doubler ou double moi-même des têtes connues, on s’encourage, c’est génial ! Je redoute d’en voir une arrêtée sur le bord de la route, mais ça n’arrivera jamais.
Je refuse (plus ou moins gentiment) qu’on prenne ma roue, je refuse de prendre celle de ceux qui me la proposent : mon effort restera individuel.
On s’approche de la fin. Au dernier stop, petit calcul avec Pierre. Si je maintiens mon effort, je peux encore faire 6 boucles, soit 96 km. Il est 4h30, je roule depuis 7h30, le compteur affiche 230 km. C’est reparti. « Facile, longtemps ». Je commence à compter les heures à l’envers, les premières lueurs du jour apparaissent enfin. Fin de l’avant dernier-tour, j’ai le temps comme prévu de partir sur la dernière boucle. Pierre m’encourage : « Allez Max, la dernière, c’est monstrueux ce que t’es en train de faire ». Je passe le poing levé, je sais que j’ai réussi à gérer la nuit comme prévu dans le plan A.

Fin du vélo : il est 7h30, j’ai parcouru 326 km en 10h30, dont seulement 12 minutes de stops pour me ravitailler. J’ai l’impression d’être toujours 5 ou 6ème, je pense que j’ai fait un bon vélo qui m’a permis de ne me faire laper que par un autre concurrent en individuel.
Sarah et Zoé sont là pour m’encourager, et peut-être aussi un peu pour voir dans quel état je suis. Ca me fait un bien fou de les voir et d’avoir des nouvelles : tout le monde a passé un bon vélo et profite à fond du moment ! Un vrai soulagement.
Petit scan du corps et de la tête pendant que je me change : tout est prêt sur une chaise installée par un Pierrot aux petits soins, qui n’a même pas dormi 1h30 cette nuit. J’ai toujours la pêche, je n’ai pas mal aux jambes. Les lombaires sont douloureux, engourdis par la position aéro que j’ai maintenue autant que possible, mais à part ça, tout va bien.

J’essaie de sonder comment je me situe par rapport aux autres auprès de Pierre, Zoé et Sarah. Ils sont assez fermés, mais je vois dans leurs yeux qu’ils sont fiers de moi. Une fois changé et prêt à partir, point stratégie avec Pierrot : « En tout cas, t’as posé le vélo deuxième Max, maintenant tu sais ce qu’il te reste à faire ! ». Wow. 2ème. Je ne pensais pas. Je ne suis pas celui qui ai roulé le plus vite, mais j’ai gagné beaucoup de temps en m’arrêtant beaucoup moins que les autres.
On se met tout de suite d’accord sur la nécessité de garder la tête froide : je cours pour moi et je ne ferai pas attention aux autres. A mon rythme. La course est encore très longue. J’ai beaucoup à perdre et pas beaucoup à gagner, le 1er est costaud et a l’équivalent d’une boucle de CAP d’avance sur moi.

Début de la CAP pour 8 heures sur une boucle de 7 km : la première moitié est partagée entre bitume et sable sec, la deuxième moitié sur un chemin de cailloux dans les marais salants. C’est un paysage magnifique. Il ne fait pas trop chaud ce matin, c’est agréable de courir. Les premiers pas me rassurent tout de suite : le cardio reste bas, pas de douleur particulière, les lombaires me foutent la paix quand je cours. Je me cale sur un rythme qui me convient, que je sens pouvoir tenir longtemps. C’est parti.

Un tour, deux tours. Ça déroule. Les ravitos sont encore et toujours éclairs. Mes proches sont surexcités, ils m’encouragent à fond dès que j’apparais à la fin de mes boucles. Je m’efforce à rester dans ma bulle. Pierrot vérifie que l’allure est cohérente, toujours aux petits soins. Il m’accompagne sur la 3ème boucle. Il voit tout de suite que je consomme peu à cette allure. Il prend le temps de m’expliquer la situation : j’ai un tour de retard sur Guillaume, le premier. Vainqueur l’année précédente à l’Ile de Ré, il participe cette année aux 4 T24 du circuit en individuel avec l’objectif de les gagner tous. On court au même rythme. Le 3ème et le 4ème ont 1 tour de retard sur moi. « Ca va être une bataille au plus con, le dernier qui craque va gagner, et on sait tous les deux que t’es fort là-dedans ! ». Message reçu, j’éteins encore un peu plus mon cerveau. Je me focalise sur mon allure, j’essaie de rester régulier, calme, dans ma course.

Au moment de boucler le 4ème tour, le speaker annonce que Guillaume et moi passons quasiment en même temps, il est quelques mètres devant moi. Ah bon, c’est lui ? Je lui hurle : « Guillaume !! GUILLAUME !!! J’arrive ! Je vais te bouffer !! ». Evidemment, c’est pour rire. Je sais que je ne le doublerai pas. Mais ça ne le fait pas rire, il ne se retourne même pas. Je comble les quelques mètres qui nous séparent, je le salue, on échange quelques mots et on reste côte à côte sur quelques kilomètres. Un de ses supporters lui crie : « Allez Guigui, on veut la même couleur de médaille que l’an dernier ! ». Il répond : « T’inquiète, j’ai fait ce qu’il faut, il ne me reste plus qu’à gérer maintenant ». Ca ne me surprend qu’à moitié, je sais qu’il est fort. Je me sens toujours bien de mon côté, juste un peu mal au ventre. Je me recentre sur mes sensations, je m’efforce de maintenir mon rythme, il reste encore 5 heures…
Au fil des tours et des heures, j’arrive à tenir le rythme de nutrition : une gourde de glucides répartie en petites gorgées sur 2 tours, un gel de glucides par tour. Les 80-85 g de glucides par heure prévus passent. De toute façon, je suis fliqué par Pierre là-dessus.
6ème tour, j’ai besoin d’aller aux toilettes. Je n’entends plus les encouragements envers Guillaume depuis quelques minutes, je pense qu’il est un peu derrière. Au détour d’un virage, je jette un œil, ne le vois pas et décide de me jeter dans les WC après avoir vérifié qu’il y avait bien du PQ. Je me dis qu’il va surement s’inquiéter de ne plus me voir devant lui, je me sens machiavélique, ça me fait ricaner comme un enfant, assis sur les chiottes. Je n’arrive même pas à me soulager. Message reçu 5 sur 5 : c’est mon cerveau qui essaie de m’envoyer des signes de lassitude. Je repars et j’éteins la dernière partie de mon cerveau qui restait allumée : je n’ai pas mal aux jambes, je n’ai aucun problème. Je dois juste continuer comme ça et assurer la 2ème place.
7ème tour, Pierre m’accompagne à nouveau. Je m’empresse de lui raconter comment je me suis « planqué » aux toilettes, je pense être derrière Guillaume. Pierre me dit : « Non mais il ne t’a pas vu. Il n’est pas devant toi, Max, il a pété à la fin du tour d’avant, il s’est assis au ravito et a bu 3 cannettes de Coca ! ». D’un coup, faire un tour de plus que lui devient possible. Pierre veille à ce que je ne m’enflamme pas, je sais qu’il a raison. Il me reste un gros morceau, je cours depuis 4 heures et demie, il en reste 3 et demie. Je ne dois pas accélérer, je ne dois juste pas flancher.
J’apprends aussi qu’Everes’Tri sera récompensée parce que vainqueur du challenge associations/entreprises. Ça me rend heureux. Changement de t-shirt, crème solaire, et ça repart.
8ème tour, c’est de plus en plus dur de rester dans ma bulle. Tout ce monde qui m’accompagne est très excité, je sens beaucoup de fierté en eux. Ils me boostent. Mais je ne veux pas connaître les écarts, juste rester sur ma stratégie, concentré sur mon allure, mon alimentation, ces saloperies de passages dans le sable, ne pas prendre de coup de chaud… Quand ça commence à être un peu plus difficile, je repense à tout le chemin pour arriver ici. Je pense à toutes celles et tous ceux qui ont eu confiance en mon projet. Je pense à ces femmes et ces enfants qui comptent sur moi. Je pense à nos deux absents de dernière minute, contraints à l’abandon pour de terribles raisons. Je n’ai pas le droit de lâcher.
9ème tour, Pierrot me dit que Guillaume marche. Il m’encourage encore : « Allez, tu as encore de quoi boucler 4 tours, c’est 28 km ! T’es bien, là !». Zoé m’accompagne, elle prend son relais quasiment en même temps que moi. Je ne parle pas beaucoup, j’ai peur que l’excitation me gagne, elle le sait. Le rythme est toujours bon, je me sens bien…
10ème tour, je cours avec Juju Leblois. Moins d’1 km après le début du tour, on double Guillaume, qui marche, accompagné. Sans trop savoir quoi faire, je lui fais un petit signe, nous savons tous les deux que je suis officiellement devant lui et que j’ai maintenant les clés en mains pour gagner… Je contiens l’euphorie. Rester concentré et lucide jusqu’au bout, c’est pas le moment de me faire une cheville ! Je refuse de compter, je continue à courir. Toujours au même rythme.

11ème tour, je sais que si je le boucle, je prends une belle option sur la victoire finale. Pierre et Will m’entourent. Will dit à tout le monde sur le chemin que je suis premier. Premier, quoi ! On sort les calculettes. Derrière, ça ne court plus. Peu probable que je sois rejoint. Je m’attache à boucler proprement celle-ci, toujours en trottinant. Quand je réalise que c’est mon dernier tour, mon cerveau se rallume petit à petit, les douleurs mises de côté commencent à apparaître. Je m’en fous. Je suis en train de gagner le T24. Il faut que je reste à l’affut, parce que derrière, je ne sais pas s’ils se battent pour la 2ème place ou s’ils ont un regain d’énergie. Je passe la ligne, décide d’attendre de constater qu’ils ne pourront pas repartir pour un autre tour, le compte à rebours arrive… ça y est, j’ai remporté le T24 !

Après 7 km de natation en 2h15 ; 326km de vélo en 10h30 ; et 75km de CAP en 7h40, j’ai l’extrême bonheur de passer la ligne d’arrivée accompagné de ma famille et mes amis, les larmes aux yeux… Et, surprise, mon grand-père nous y attend ! Lui qui a du mal à comprendre que je me mette en danger avec ces courses… Autant de moments précieux, que je ne suis pas prêt d’oublier. Je mesure la chance que j’ai de vivre tout ça.

Ce jour-là, j’ai pu monter deux fois sur la plus haute marche du podium : une fois en individuel, et une fois avec tous les autres participants Everes’Tri. Nous avons parcouru ensemble 89 km de natation, 4 688 km à vélo et 1 264 km à pied. De quoi traverser l’atlantique et arriver à New-York ! En plus de la victoire, cette course m’a apporté la certitude de vouloir poursuivre dans la voie associative. Place au repos, et vivement la suite !

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Rédigé par :

Julie TRANG